lundi 27 décembre 2010

Baudelaire : Le dandy

L’homme riche, oisif, et qui, même blasé, n’a pas d’autre occupation que de courir à la piste du bonheur; l’homme élevé dans le luxe et accoutumé dès sa jeunesse à l’obéissance des autres hommes, celui enfin qui n’a pas d’autre profession que l’élégance, jouira toujours, dans tous les temps, d’une physionomie distincte, tout à fait à part. Le dandysme est une institution vague, aussi bizarre que le duel; très ancienne, puisque César, Catilina, Alcibiade nous en fournissent des types éclatants; très générale, puisque Chateaubriand l’a trouvée dans le forêts et au bord des lacs du Nouveau-Monde. Le dandysme, qui est une institution en dehors des lois, a des lois rigoureuses auxquelles sont strictement soumis tous ses sujets, quelles que soient d’ailleurs la fougue et l’indépendance de leur caractère. Les romanciers anglais ont, plus que les autres, cultivé le roman de high life, et les Français qui, comme M. de Custine, ont voulu spécialement écrire des romans d’amour, ont d’abord pris soin, et très judicieusement, de doter leurs personnages de fortunes assez vastes pour payer sans hésitation toutes leurs fantaisies; ensuite ils les ont dispensés de toute profession. Ces êtres n’ont pas d’autre état que de cultiver l’idée du beau dans leur personne, de satisfaire leurs passions, de sentir et de penser. Ils possèdent ainsi, à leur gré et dans une vaste mesure, le temps et l’argent, sans lesquels la fantaisie, réduite à l’état de rêverie passagère, ne peut guère se traduire en action. Il est malheureusement bien vrai que, sans le loisir et l’argent, l’amour ne peut être qu’une orgie de roturier ou l’accomplissement d’un devoir conjugal. Au lieu du caprice brûlant ou rêveur, il devient une répugnante utilité.
Si je parle de l’amour à propos du dandysme, c’est que l’amour est l’occupation naturelle des oisifs. Mais le dandy ne vise pas à l’amour comme but spécial. Si j’ai parlé d’argent, c’est parce que l’argent est indispensable aux gens qui se font un culte de leurs passions; mais le dandy n’aspire pas à l’argent comme à une chose essentielle; un crédit indéfini pourrait lui suffire; il abandonne cette grossière passion aux mortels vulgaires. Le dandysme n’est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu’un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. Aussi, à ses yeux, épris avant tout de distinction, la perfection de la toilette consiste-t-elle dans la simplicité absolue, qui est en effet la meilleure manière de se distinguer. Qu’est-ce donc que cette passion qui, devenue doctrine, a fait des adeptes dominateurs, cette institution non écrite qui a formé une caste si hautaine? C’est avant tout le besoin ardent de se faire une originalité, contenu dans les limites extérieures des convenances. C’est une espèce de culte de soi-même, qui peut survivre à la recherche du bonheur à trouver dans autrui, dans la femme, par exemple; qui peut survivre même à tout ce qu’on appelle les illusions. C’est le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. Un dandy peut être un homme blasé, peut être un homme souffrant; mais, dans ce dernier cas, il sourira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard.
On voit que, par de certains côtés, le dandysme confine au spiritualisme et au stoïcisme. Mais un dandy ne peut jamais être un homme vulgaire. S’il commettait un crime, il ne serait pas déchu peut-être; mais si ce crime naissait d’une source triviale, le déshonneur serait irréparable. Que le lecteur ne se scandalise pas de cette gravité dans le frivole, et qu’il se souvienne qu’il y a une grandeur dans toutes les folies, une force dans tous les excès. Etrange spiritualisme! Pour ceux qui en sont à la fois les prêtres et les victimes, toutes les conditions matérielles compliquées auxquelles ils se soumettent, depuis la toilette irréprochable à toute heure du jour et de la nuit jusqu’aux tours les plus périlleux du sport, ne sont qu’une gymnastique propre à fortifier la volonté et à discipliner l’âme. En vérité, je n’avais pas tout à fait tort de considérer le dandysme comme une espèce de religion. La règle monastique la plus rigoureuse, l’ordre irrésistible du Vieux de la Montagne, qui commandait le suicide à ses disciples enivrés, n’étaient pas plus despotiques ni plus obéis que cette doctrine de l’élégance et de l’originalité, qui impose, elle aussi, à ses ambitieux et humbles sectaires, hommes souvent pleins de fougue, de passion, de courage, d’énergie contenue, la terrible formule: Perinde ac cadaver!
Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandies, tous sont issus d’une même origine; tous participent du même caractère d’opposition et de révolte; tous sont des représentants de ce qu’il y a de meilleur dans l’orgueil humain, de ce besoin, trop rare chez ceux d’aujourd’hui, de combattre et de détruire la trivialité. De là naît, chez les dandies, cette attitude hautaine de caste provoquante, même dans sa froideur: Le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n’est pas encore toute-puissante, où l’aristocratie n’est que partiellement chancelante et avilie. Dans le trouble de ces époques quelques hommes déclassés, dégoûtés, désœuvrés, mais tous riches de force native, peuvent concevoir le projet de fonder une espèce nouvelle d’aristocratie, d’autant plus difficile à rompre qu’elle sera basée sur les facultés les plus précieuses, les plus indestructibles, et sur les dons célestes que le travail et l’argent ne peuvent conférer. Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences; et le type du dandy retrouvé par le voyageur dans l’Amérique du Nord n’infirme en aucune façon cette idée: car rien n’empêche de supposer que les tribus que nous nommons sauvages soient les débris de grandes civilisations disparues. Le dandysme est un soleil couchant; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l’orgueil humain et verse des flots d’oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons. Les dandies se font chez nous de plus en plus rares, tandis que chez nos voisins, en Angleterre, l’état social et la constitution (la vraie constitution, celle qui s’exprime par les mœurs) laisseront longtemps encore une place aux héritiers de Sheridan, de Brummel et de Byron, si toutefois il s’en présente qui en soient dignes.
Ce qui a pu paraître au lecteur une digression n’en est pas une, en vérité. Les considérations et les rêveries morales qui surgissent des dessins d’un artiste sont, dans beaucoup de cas, la meilleure traduction que le critique en puisse faire; les suggestions font partie d’une idée mère, et, en les montrant successivement, on peut la faire deviner. Ai-je besoin de dire que M. G., quand il crayonne un de ses dandies sur le papier, lui donne toujours son caractère historique, légendaire même, oserais-je dire, s’il n’était pas question du temps présent et de choses considérées généralement comme folâtres? C’est bien là cette légèreté d’allures, cette certitude de manières, cette simplicité dans l’air de domination, cette façon de porter un habit et de diriger un cheval, ces attitudes toujours calmes mais révélant la force, qui nous font penser, quand notre regard découvre un de ces êtres privilégiés en qui le joli et le redoutable se confondent si mystérieusement: «Voilà peut-être un homme riche, mais plus certainement un Hercule sans emploi.»
Le caractère de beauté du dandy consiste surtout dans l’air froid qui vient de l’inébranlable résolution de ne pas être ému; on dirait un feu latent qui se fait deviner, qui pourrait mais qui ne veut pas rayonner. C’est ce qui est, dans ces images, parfaitement exprimé.

mercredi 6 octobre 2010

La reconnaissance

La reconnaissance
Pascal Combemale
Alternatives Economiques n° 294 - septembre 2010


L'homme est partout et toujours en quête de reconnaissance. Celle-ci évolue aujourd'hui vers la revendication d'un droit à la différence. Ce qui n'est pas sans poser problème à nos sociétés démocratiques.

Celle-ci évolue aujourd'hui vers la revendication d'un droit à la différence. Ce qui n'est pas sans poser problème à nos sociétés démocratiques.

Tout élève préparant son baccalauréat ne manque pas de rencontrer la "dialectique du maître et de l'esclave", texte à usages multiples écrit par un philosophe dont le nom correctement orthographié vaut au moins deux points (Hegel). Au début de cette fable, il n'y a ni maître ni esclave, seulement deux êtres non identifiés en quête de reconnaissance à travers l'autre. En effet, s'il est assez facile de se reconnaître dans la glace en se rasant le matin, l'image de soi dépend aussi du regard des autres. Nos deux individus pourraient tout simplement se faire la bise, voire plus, chacun désirant être désiré par l'autre. Mais Hegel définit la relation de reconnaissance comme une lutte dont l'enjeu est l'affirmation de soi. Ce qui exclut toute dépendance à l'autre: or la meilleure façon de ne pas dépendre de quelqu'un est de l'asservir. Hélas, celui-ci, sauf à le supposer masochiste, désire la même chose: dès lors, il n'est pas possible d'éviter le conflit.

Lequel va gagner? Celui qui est disposé à risquer sa vie ou celui qui a peur de la perdre? Chez le premier, le désir de reconnaissance est plus fort que la crainte de mourir; le second préfère au contraire la vie dans la servitude plutôt que la mort. A l'issue de la lutte, se font face un maître qui jouit de son désir sans entraves et un esclave qui travaille pour satisfaire les besoins du maître.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là, car elle est pleine de ruses! Le maître vit comme un animal (il ne cherche qu'à assouvir ses désirs) et dépend de l'esclave, auquel il doit la reconnaissance, alors que ce dernier évolue, se transforme en transformant la nature et parvient à accéder à l'humanité par le travail. Ce qui fait de lui le véritable acteur de l'histoire.
Un besoin créateur de conflit

Pourquoi s'intéresser aujourd'hui à cette dialectique? L'esclavage n'a-t-il pas été aboli? La raison est que cette problématique de la reconnaissance est omniprésente dans notre société.

Que répond au conseil de discipline le collégien accusé d'avoir giflé son professeur de lettres? "Il nous méprise." Que disent ses camarades suspectés d'avoir incendié quelques voitures dans leur quartier après une interpellation agitée? "Ils ne nous respectent pas." Mais que déclare le même professeur interrogé pendant une manifestation? "Notre travail n'est pas reconnu." Ce que répètent aussi sa compagne infirmière affectée aux urgences et son beau-frère technicien dont l'usine vient d'être délocalisée.

De nombreux conflits sociaux paraissent s'expliquer par le sentiment d'un déni de reconnaissance. Dans leur quartier, leur entreprise, l'espace public, les administrations, des individus se sentent méprisés, dévalorisés ou invisibles ("on ne compte pour rien, c'est comme si on n'existait pas"). Qu'ils en souffrent ne suffit pas à en faire un phénomène social. Cela le devient lorsqu'ils agissent collectivement pour protester au nom du principe démocratique de l'égale dignité de tous. Qu'il s'agisse de minorités ethniques dénonçant la discrimination ou le racisme, de mouvements féministes luttant pour l'émancipation, d'homosexuels revendiquant les mêmes droits que les hétérosexuels, de minorités religieuses exigeant la liberté de culte, de jeunes émeutiers des quartiers réclamant le respect, etc., les exemples ne manquent pas, qui semblent confirmer que les luttes n'auraient plus pour enjeu principal la redistribution des richesses (enjeu matériel), mais la reconnaissance (enjeu symbolique). D'autant que des revendications utilitaires (augmentations de salaire, primes, etc.) peuvent masquer des demandes de reconnaissance: soit par effet de compensation (pour recruter des professeurs des écoles qui ne bénéficieront plus du prestige de l'instituteur, il faut augmenter leur rémunération monétaire), soit parce que l'argent tend à devenir le seul étalon de mesure de la valeur sociale ("je vaux ce que je gagne").
Une quête ancienne..

Fleurissent par conséquent des théories de la reconnaissance, dont la plus commentée en ce moment est celle du philosophe allemand Axel Honneth (La lutte pour la reconnaissance, éd. du Cerf, 2000). Celui-ci distingue trois formes de reconnaissance résultant des interactions entre les individus au sein de trois sphères sociales:

* l'amitié ou l'amour, dans la sphère de l'intimité, apportent la confiance en soi;
* l'égalité des droits au sein de la sphère juridique et politique est la condition du respect de soi;
* la reconnaissance de la contribution que l'on apporte à la société, notamment par son travail, confère l'estime de soi.

Lorsqu'ils s'estiment victimes d'un déni de reconnaissance, les individus ressentent un fort sentiment d'injustice sociale, qui les incite à réagir. C'est ainsi le cas de tous les "sans" (sans-papiers, sans-logement, sans-emploi…), qui revendiquent d'être traités comme des citoyens à part entière. Ou des jeunes confrontés à la précarité, aux petits boulots, dont l'emploi ne correspond pas à la qualification et qui refusent ce qu'ils ressentent comme un déclassement (d'où leur mobilisation contre le contrat première embauche - CPE - en 2006). Ou des habitants de quartiers perçus comme des zones de relégation, qui veulent accéder aux mêmes services publics, aux mêmes opportunités que les autres. Etc.

Ce souci de la reconnaissance est-il nouveau? Dans les sociétés primitives, la vie sociale est déjà une lutte pour la reconnaissance, qu'illustre un rituel des sociétés indiennes du Nord-Ouest américain rendu célèbre par Marcel Mauss (1872-1950): le potlatch. Au cours de ces cérémonies, le but est d'acquérir du prestige ou de défendre son rang en donnant de façon ostentatoire les biens les plus précieux (cuivres blasonnés, fourrures, etc.).

La société kabyle étudiée par Pierre Bourdieu (1930-2002) est régie par les valeurs de l'honneur, qui s'imposent à tous comme une obsession, celle de ne jamais perdre la face, et orientent la plupart des actions sociales, car leur respect est sanctionné en permanence par le tribunal de l'opinion publique. Le châtiment le plus redouté est la perte de considération, qui équivaut à une mort symbolique.

Dans son analyse de la stratification sociale, Max Weber (1864-1920) montre que le statut repose sur l'honneur social: le prestige dépend de la reconnaissance dont bénéficient les membres du groupe statutaire, selon leur style de vie, leur naissance ou leur profession. L'enquête menée sous la direction de Paul Lazarsfeld (1901-1976) en 1931 auprès des chômeurs de Marienthal confirme a contrario l'effet d'anéantissement résultant de la perte d'un travail socialement reconnu.

Enfin, si l'on suit Erving Goffman (1922-1982), la règle à laquelle se soumet tout individu des classes moyennes américaines qui s'engage dans une interaction est de préserver sa face et celle de ses partenaires, car elles sont sacrées.

La quête de reconnaissance apparaît ainsi comme une constante anthropologique, mais dont les formes varient au cours de l'histoire. Quelles sont celles qui distinguent la société contemporaine?
… aux formes nouvelles

Une première nouveauté semble être la revendication paradoxale d'un droit à la différence dans une société démocratique. Paradoxale, car la démocratie est fondée sur un principe d'égalité, qui, dans son interprétation universaliste, est un principe "d'indifférence aux différences": que l'on soit un homme ou une femme, blanc ou noir, catholique ou protestant, riche ou pauvre, etc., on possède les mêmes droits, du moins en tant que citoyen. Cela signifie que cette égalité de principe est légalement construite en faisant abstraction de ce qui confère aux individus une identité particulière (leur sexe, leur couleur de peau, leur religion…). Elle entre en contradiction avec une tendance forte qui consiste pour chacun à vouloir affirmer sa personnalité, c'est-à-dire ses préférences, ses valeurs, son mode de vie, donc à revendiquer le droit d'exprimer sa différence, de la manifester publiquement, au nom de l'authenticité et de la liberté individuelle.

Dans les sociétés multiculturelles, des minorités revendiquent la reconnaissance et la protection d'identités culturelles différentes de la culture dominante, par exemple le droit de manger halal à la cantine, de ne pas travailler le samedi, de porter un turban et un poignard traditionnel, etc. Il s'agit ici d'une revendication collective, pour un groupe se distinguant par ses valeurs et ses normes, au nom de l'égalité de droit (ou de dignité) des cultures. Ce qui ne va pas sans difficulté: chaque culture se percevant comme supérieure, la coexistence de cultures différentes au sein d'une même communauté politique est source de conflits, d'une lutte pour la reconnaissance de chaque identité, qui n'est pas sans rappeler la dialectique du maître et de l'esclave… Dans la société d'Ancien Régime, telle que l'analyse par exemple Montesquieu (1689-1755), l'honneur était le sens de ce que l'on doit à son rang, dont dépendaient privilèges et distinctions: reconnaître une différence, c'était par là même l'inscrire dans une relation hiérarchique consacrant la supériorité sociale de l'un, l'infériorité de l'autre. C'est pourquoi, dans les sociétés démocratiques, le principe d'égalité a été conçu contre les différences qui divisent.

La deuxième nouveauté est liée au processus d'individuation caractéristique des sociétés modernes. Jadis, la reconnaissance résultait principalement de l'appartenance à un groupe statutaire, à une caste, à une famille: on était reconnu en tant que marquis ou pour le nom que l'on portait. Il n'y a pas si longtemps, il était encore possible d'être fier d'appartenir à la classe ouvrière. Et il existe toujours des mobilisations pour la reconnaissance de droits collectifs. Mais l'individu ne s'efface plus derrière le groupe. Le délitement des appartenances, la précarité des liens sociaux, la discontinuité des trajectoires le contraignent à construire son identité. La reconnaissance n'est plus assignée, transmise, elle doit être conquise, sans cesse éprouvée. D'où, peut-être, l'hypersensibilité à tous les indices de mépris, de dévalorisation, de mésestime, en particulier dans l'entreprise, qui correspond à une "psychologisation" du social: ce qui était autrefois perçu comme la preuve de l'exploitation ou de la domination de groupes ou de classes est aujourd'hui intériorisé et vécu comme une souffrance psychologique, une blessure narcissique.

Face à la prolifération des demandes de reconnaissance, sur fond de concurrence des "victimes", la revendication d'un droit à la reconnaissance est-elle justifiée? Tout le monde veut être reconnu ou respecté, mais qui devrait reconnaître quoi à qui? Qui: les autres individus, le groupe d'appartenance, les supérieurs hiérarchiques, les institutions? Quoi: un préjudice, une créance, une qualification, de l'autorité, du talent, une valeur morale, une identité? A qui: à des individus, à des minorités culturelles, religieuses, régionales, etc.?

Cette multiplicité des cas possibles se trouve compliquée par la multiplicité des situations des individus. Un jeune des cités, qui se sent disqualifié par l'école, peut être reconnu comme un "guerrier" par sa bande. Inversement, un bon élève, valorisé par l'école et par sa famille, peut être traité comme un "bouffon" par une partie des jeunes de son quartier. Il en résulte finalement une telle diffraction de cette catégorie de reconnaissance qu'il s'avère difficile d'en faire un usage contrôlé en sociologie. En tout cas, la reconnaissance de droits n'implique pas nécessairement l'existence d'un droit à la reconnaissance.