vendredi 29 juillet 2011

Pourquoi le socialisme ? Albert Einstein 1949

Pourquoi le socialisme ?

Dans une économie fondée sur la propriété privée du capital la situation se caractérise par deux principes de base : d'abord, les moyens de production (le capital) sont propriété privée et leurs propriétaires en disposent comme ils l'entendent ; ensuite le contrat de travail est libre. Naturellement il n'existe pas de société capitaliste pure. Il faut souligner notamment que les travailleurs au prix de longues et dures luttes politiques, ont réussi à garantir une forme quelque peu améliorée du « contrat de travail libre» pour certaines catégories de travailleurs. Mais dans l'ensemble l'économie d'aujourd'hui ne diffère guère du capitalisme « pur ».

La production vise le profit, non l'utilité. Rien ne garantit que ceux qui peuvent et veulent travailler seront toujours en mesure de trouver un emploi; il existe toujours une « armée de chômeurs ». Le travailleur craint toujours de perdre son emploi. Le progrès technologique contribue souvent à aggraver le chômage plutôt qu'à alléger le travail pour tous. La recherche du profit et la compétition entre les capitalistes sont responsables d'une instabilité dans l'accumulation et l'utilisation du capital qui mène à des pressions de plus en plus graves. La compétition illimitée en traîne un immense gaspillage du travail et une paralysie de la conscience sociale des individus.
C'est cette paralysie des individus que je considère comme le pire des maux du capitalisme. Tout notre système d'enseignement en souffre. On inculque à l'étudiant un esprit de compétition exagéré et on le forme à vénérer la réussite obtenue avec âpreté qui doit le préparer à future carrière.

Albert Einstein 1949

Que vaut la recherche des économistes du FMI ?

Après nous avoir expliqué pourquoi les économistes du FMI n’ont pas vu venir la crise financière (par excès de croyance libérale), le Bureau d’évaluation indépendant du FMI vient d’évaluer les pratiques de recherche de l’institution. Il avance quatre critiques. Dont une dernière, très forte, puisqu’il y est question « d’ajuster » les résultats des travaux aux conclusions souhaitées ex ante. Le Bureau d’évaluation a passé en revue les travaux de recherche de l’institution : les différentes sortes de notes, Working Papers, World Economic Outlook, Global Financial Stability Report et les études pays, le tout sur la période 1999 – 2008. Ces documents rassemblent beaucoup d’excellents travaux, souvent originaux, et bien informés. Pour autant, ils n’échappent pas à plusieurs critiques.
Première critique : le manque de prise en compte des contextes institutionnels locaux. Les économistes du FMI travaillent avec leur modèle général de l’économie issu de la théorie dominante et ne chercheraient donc pas à comprendre les spécificités de chaque pays.
Deuxième critique : ils fonctionnent de manière insulaire. D’une part, ils ne citent bien souvent que des auteurs et études du FMI, sans s’intéresser aux productions des économistes locaux. D’autre part, ils ne communiquent pas avec les autorités des pays concernés pour choisir les sujets les plus pertinents.
Troisième critique : une approche trop abstraite et mathématisée qui s’avère inutile pour aider à la décision de politique économique. Les exercices de comparaison à partir de grosses bases de données où le Burkina Faso et le Japon représentent deux points sur une même courbe sont jugés non pertinents.
Enfin, dernière critique, la plus forte . 62 % du staff interrogé pour l’exercice, déclare qu’il vaut mieux que les résultats des analyses avancées soient dans « la ligne » de l’institution. Dans des entretiens réalisés sur place afin de prolonger les réponses au questionnaire, plus de la moitié des économistes sollicités confirment qu’on leur a demandé, ou bien qu’ils connaissent un collègue à qui on demandé « d’ajuster » leurs résultats pour qu’ils soient compatibles avec la ligne du parti. Plus les publications sont médiatisées, plus le degré d’interdiction de points de vue dissidents est élevé (de fait certains documents comme les « Staff Discussion Notes », n’ont pas hésité, surtout depuis 2008 il est vrai, une période hors du champ de l’enquête, à déclarer, notamment, que les contrôles de capitaux peuvent être efficaces, que les régulateurs financiers doivent être proactifs et intrusifs vis-à-vis des banques privées, qu’il faut gérer les coûts humains et sociaux des crises pour éviter les dérives politiques, qu’une taxe sur les transactions financières est possible et une sur les banques souhaitable, etc.). Certains ajoutent que l’auto censure est de ce fait largement pratiquée.
Quand économie rime avec idéologie…
alternative économique

Qu'est-ce qu'un bon économiste ?

Pour les tenants actuels de l'orthodoxie, un bon économiste est quelqu'un qui publie des articles en anglais dans des revues jugées de prestige et montre une capacité à bâtir des modèles abstraits, à l'élégance mathématique reconnue, où il est fait l'hypothèse que les marchés obéissent en permanence à des forces équilibrantes. Si vous avez le malheur de penser que les mathématiques ne sont qu'un simple outil, qu'il faut tenir compte des rapports de force présents dans toute activité économique, ou bien si vous voulez mobiliser l'histoire, la science politique ou la sociologie pour expliquer les phénomènes économiques et que vous êtes prompt à souligner la tendance des marchés à déraper, alors allez chercher du travail ailleurs !

La vision dominante l'est d'autant plus qu'elle tient les institutions clés de la reproduction des économistes (revues, agrégations, financements…) et empêche d'autres voix de se faire entendre, au détriment du débat démocratique sur les questions économiques et au prix d'une perte de légitimité des économistes, qui ressortent éreintés par les crises financières, économiques et sociales actuelles dont leurs théories disaient qu'elles n'étaient plus possibles !

Ce comportement semble être une constante du champ économique. A la fin du XIXe siècle, le débat était dominé en France par une école issue des travaux de Jean-Baptiste Say qui, de la même façon, contrôlait tout : revues, enseignements, postes de prestige, sociétés savantes, etc. La victime principale en a alors été Léon Walras. Aujourd'hui considéré comme l'un des pères fondateurs de la " science " économique actuelle, ses mathématiques et son socialisme l'avaient alors conduit à être rejeté comme un vil hétérodoxe qui ne méritait pas le débat.
Et puis, les mathématiques ont gagné leur place, tandis que Keynes démontrait l'utilité de l'intervention de l'Etat dans l'économie. Cette année 2011 fête les 75 ans d'une Théorie générale qui a fourni une autre vision du monde, une autre façon de penser l'économie, à un monde en crise, celui des années 1930.

Les problèmes actuels auront-ils le même effet salutaire en débouchant, enfin, sur une interrogation quant aux méthodes et en ouvrant la voie à une nouvelle façon d'appréhender l'économie ? Des choses changent, ici et là, mais le résultat final reste incertain. Ainsi, le contenu de ce qui est enseigné dans les facultés d'économie semble évoluer, si l'on en croit une enquête récente. Les mécanismes de dérapage de la finance sont désormais davantage enseignés. On utilise un peu moins les maths et un peu plus l'analyse statistique, et surtout, l'histoire économique et l'étude de phénomènes macroéconomiques concrets sont en forte progression.
Pour autant, on ne voit pas arriver de nouveaux paradigmes qui porteraient une vision moins abstraite, plus ouverte sur les autres sciences sociales et répondant aux questions écologiques, aux inégalités, à l'instabilité financière, etc. De brillants auteurs progressistes en pointe comme Paul Krugman ou Joseph Stiglitz ont préféré devenir des commentateurs éclairés des débats économiques mondiaux plutôt que les architectes d'une alternative. Lorsqu'ils publient encore un article scientifique, ils tiennent à le maintenir dans les canons de la science économique abstraite et formalisée dans laquelle ils ont grandi.

Il ne s'agit pas ici d'attendre un quelconque " progrès de la science " économique, qui, comme l'écrivait encore récemment Krugman, reste un champ où les intérêts et les préjugés exercent une influence importante sur le travail des chercheurs. Mais seulement d'en revenir à Keynes qui, quelques lignes avant la fin de la Théorie générale, attirait l'attention sur le fait qu'avec la crise des années 1930, " le monde se trouve aujourd'hui dans une impatience extraordinaire d'un diagnostic mieux fondé ; plus que jamais il est prêt à l'accepter et désireux de l'éprouver, même s'il n'est que plausible ". On ne voit malheureusement pas encore qui serait capable aujourd'hui de répondre à cette impatience.

Christian Chavagneux, rédacteur en chef de L'Economie politique

Ajouter l'équilibre budgétaire à la Constitution ? Une blague !

Inscrire dans la Constitution de grands principes qui engagent les gouvernements futurs est une très grande, belle et forte idée. Nicolas Sarkozy l'a bien compris, qui propose d'inscrire désormais l'équilibre budgétaire parmi ces grandes règles.
Il se trouvera toujours quelques mauvais esprits pour voir derrière cette proposition une manœuvre politicienne, une espèce de piège tendu à ses virtuels concurrents pour l'élection présidentielle. C'est médiocre et mesquin.
Il s'en trouvera d'autres – mauvais esprits – pour observer que c'est sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy que, hors même les dégâts de la crise 2008-2009, les déficits ont pris une allure abyssale. C'est mesquin et médiocre.
Constitutionalisons à tout va
Mais le Président ne devrait pas s'arrêter en si bon chemin. Puisqu'il faut constitutionnaliser, constitutionalisons… Et d'abord en matière d'impôts. Inscrivons dans notre loi suprême qu'aucune nouvelle tranche d'impôt ne pourra être créée sur les hauts revenus et encore que tout retour en arrière sur des réformes déjà votées – par exemple celle des retraites – est proscrit.
Il convient cependant d'aller encore plus loin : gravons aussi par exemple dans le marbre constitutionnel que les bénéficiaires de prestations sociales comme le RSA devront fournir du travail gratuit à la collectivité.
Voilà quelques idées, non exhaustives, que je soumets d'emblée aux stratèges élyséens.
Une règle d'or anti-chômage
Au fait, j'apprends que le chômage a fait un bond de 1,3% en juin dernier et que l'on dénombre désormais 4,1 millions de chômeurs toutes catégories confondues.
Pourquoi Nicolas Sarkozy n'y a-t-il pas pensé ? Il faudrait sans tarder faire du droit à l'emploi une « règle d'or », que dis-je ? Une règle tout à la fois d'or, d'argent et de diamant. Quel meilleur moyen de faire baisser, carrément de supprimer, le chômage ?
Mais je m'aperçois que cette règle existe déjà. Relisant le préambule de la Constitution, qui possède la même valeur juridique contraignante que la Constitution elle-même et qui est, je le confesse, mon ouvrage de chevet, je vois qu'en son alinéa 5, ce texte indique que « chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi ». Si avec un tel impératif constitutionnel il y a encore des chômeurs, c'est à n'y plus rien comprendre.
Résultat ou moyens ?
Sauf que le Conseil constitutionnel, grand interprète du texte sacré de la République, a bien voulu expliquer – c'était en 1983 – que le droit à l'emploi n'était pas une « obligation de résultat » mais une « obligation de moyens ». Autrement dit, on fait ce qu'on peut et… advienne que pourra.
Appliquée à la règle d'or budgétaire voulue aujourd'hui par Nicolas Sarkozy, cette distinction entre « obligation de résultat » et « obligation de moyens » signifierait que la résorption des déficits est une nécessité… sauf si on ne peut l'atteindre.
Comme quoi, pour adapter une formule prêtée à Jacques Chirac, les règles, fussent-elles d'or, n'engagent que ceux qui les entendent. Une palinodie !
Sylvain Gouz 28/07/2011

mardi 26 juillet 2011

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

CYRANO
                              Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc

Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ? "…
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, -ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

EDMOND ROSTAND