Une
lecture spirituelle de la philosophie antique
Philosophe,
historien, philologue, Pierre Hadot est le plus éminent spécialiste
de la philosophie
antique. Son apport fondamental est d’en avoir montré le côté
originel, pratique
par opposition à une approche exclusivement intellectuelle. C’est
ainsi que cet érudit
définit la philosophie antique comme un entraînement pratique,
quotidien qui permet
d’avancer vers l’idéal de perfection constitué par la figure du
Sage.
Pierre
Hadot poursuit le projet d’une définition d’un modèle éthique
que l’homme
contemporain
peut découvrir dans l’Antiquité. Dans son oeuvre, d’une ampleur
considérable,
le projet s’articule sur deux types de recherches connexes :
.
l’analyse critique de l’argumentation de nombreux traités
philosophiques gréco-romains, notamment
de Plotin et de Marc Aurèle ;
.
l’étude du rôle et du sens des images ou des symboles formateurs
de la pensée
occidentale.
Le
projet éthique, affirmé dès le départ, puis constamment réaffirmé
et transformé par de
nouvelles approches, se trouve de ce fait fondé sur des recherches
qui portent sur la totalité
des mouvements de pensée, que ce soit dans l’histoire de la
conception de la métaphysique
et de la dialectique, de la physique et de la morale, ou dans celles
des écoles
philosophiques (Platon, Aristote, stoïciens, épicuriens,
néo-platoniciens) ou des courants
patristiques utilisateurs de ces écoles (Origène, Ambroise,
Augustin), mais aussi dans
l’histoire des idées modernes (Goethe, Nietzsche, Heidegger,
Wittgenstein, Michel Foucault).
Tel
Plutarque construisant ses vies parallèles par dialogue et
comparaison des héros des deux
villes-symboles de l’univers, Athènes et Rome, la grecque et la
latine, Pierre Hadot ne
cesse de montrer que les efforts théoriques des philosophes ne sont
rien d’autre que les
justifications après coup de vies, ayant pour objet la philosophie
comme manière d’être
et de vivre, style de vie et art de vivre.
Un
philosophe au parcours original
Né
à Paris en 1922, le plus discret des philosophes français est sans
doute aussi l'un des plus
originaux. Ce qui frappe lorsqu'on aborde l'un de ses livres pour la
première fois est le
refus des jargons au profit d'une rectitude de la réflexion et de
l'expression qui le rattachent
à Montaigne, à Descartes et à Pascal. Hadot parvient à développer
une pensée
profonde en restant totalement lisible par le grand public.
Il
entre au Grand Séminaire à l’âge de 15 ans où il suit des cours
de théologie. Ordonné prêtre
en 1944 à Reims, il est chargé d’enseigner la philosophie au sein
du Séminaire.
Puis
en 45-46, il suit le double cursus à l’Institut Catholique et à
la Sorbonne. Il éprouve un
grand attrait pour la mystique sous toutes ses formes et Plotin est
l’un de ses auteurs favoris.
Il travaillera pendant plus de vingt ans sur un auteur latin peu
connu du nom de Victorinus
pour sa thèse de doctorat.
En
1952, il décide de quitter l’Eglise et se dédie à la recherche
et à l’enseignement. En 1964,
il est élu Directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes
Etudes, section des Sciences
religieuses. Sa femme exerce à partir de 1966 une influence très
importante sur l’évolution
de sa pensée. Elle-même avait écrit un doctorat sur le thème de «
Sénèque
et la
tradition de la direction spirituelle dans l’Antiquité ».
En 1982, ni agrégé, ni normalien,
il
est pourtant élu au Collège de France grâce à l'entremise de
Michel Foucault. Il prend sa
retraite en 1991 et a continué d’écrire des ouvrages. Il nous a malheureusement quittés
en 2010.
Méthodologie de la compréhension des oeuvres philosophiques de
l’Antiquité Vers
le milieu du IVème siècle, un illustre professeur, Marius
Victorinus, qui occupe à Rome
une chaire de rhétorique, converti sur le tard au christianisme, met
tout son talent
à
combattre l’hérésie d’Arius. Les traités polémiques écrits
par lui sont tellement obscurs,
dit
saint Jérôme, que seuls les doctes peuvent y comprendre quelque
chose.
C’est
sur cet auteur et sur l’esprit de son époque que portent les
premières recherches
de
Pierre Hadot en histoire de la philosophie. Les cinq volumes qu’il
publie entre 1960 et
1971
révèlent que les pages obscures de Victorinus contiennent une
étonnante
construction
de la pensée et sont en fait la seule oeuvre métaphysique de toute
la
littérature
latine ancienne. Hadot y montre notamment que païens et chrétiens
font
partie
d’un monde intellectuel commun.
Deux
démarches se font donc jour dans cette recherche. L’une consiste à
rendre compte
de
la genèse des notions et des systèmes dans leur contexte, avant
qu’elles
n’aboutissent
à des inventaires réfléchis et construits ; l’autre consiste à
découvrir la
rationalisation
d’exercices spirituels à l’arrière-plan des exercices de style
du discours
philosophique.
La
philosophie en images
Pierre
Hadot met en parallèle la mythologie de l’antiquité avec la
métaphysique. Pour lui,
il
est clair que la mythologie, par son langage imagé, aidait à la
compréhension. Le choix
d’images
fait dans les analyses de Pierre Hadot s’explique soit par leur
importance
symbolique
dans l’itinéraire spirituel ou philosophique, soit par le rôle
qu’elles ont été
appelées
à jouer dans l’histoire de la philosophie.
Exemples
: Narcisse, amoureux de son propre reflet dans l’eau et se perdant
dans
l’élément
liquide, symbole de la matière. Ulysse, sorte de Narcisse inversé,
qui échappe
aux
passions et aux sortilèges de la mer pour atteindre sa vraie patrie.
Zeus, qui selon la
théogonie
d’Hésiode vient au terme des générations de dieux primordiaux,
ou marchant
en
tête du cortège des dieux et des âmes dans le Phèdre
de
Platon. Zeus devient alors
3
une
figure de l’âme prisonnière, enfermée dans ses limites dès que
l’intellect (Cronos)
mutile
Ouranos, donnant ainsi un coup d’arrêt au mouvement de génération
infini pour
se
tourner vers l’intériorité.
Ce
qui ressort en résumé de cet effort d’interprétation, c’est
que l’on ne peut comprendre
les
oeuvres philosophiques de l’Antiquité qu’à la condition de
reconnaître que leur
véritable
finalité était l’impact qu’elles pouvaient exercer sur les
lecteurs.
Dès
lors, la philosophie antique apparaît fondamentalement comme un
exercice spirituel
de
transformation de soi, qui consiste d’abord à « apprendre à
vivre » par l’observation
de
soi-même ; à « apprendre à dialoguer » pour se connaître
soi-même par l’effort
dialectique
commun vers la vérité ; à « apprendre à mourir » dans la
lucidité et la
sérénité,
en passant notamment d’une vision des choses dominée par les
passions
individuelles
à une vision du monde plus objective et universelle, ce que Pierre
Hadot
appelle
« apprendre à lire ».
Ce
programme d’une quadruple conversion par prises de conscience
successives n’est
pas
une fin en soi. La raison d’être de ces « exercices spirituels »,
dont Pierre Hadot
estime
qu’il est possible pour l’homme d’aujourd’hui de les mettre
en pratique, reste le
dépassement
de soi pour s’élever et construire une nouvelle manière
d’être-au-monde.
Entre
autres, prendre conscience de soi comme partie de la Nature, comme
parcelle de la
Raison
universelle.
Pierre
Hadot appelle « exercices spirituels » ces pratiques destinées à
conduire à la
sagesse.
Il importe de ne pas confondre ces pratiques avec les exercices
spirituels
religieux,
qui peuvent être les mêmes, mais dont le but est différent ; ils
sont
spécifiquement
philosophiques. Il faut tenir les textes philosophiques eux-mêmes
(du
moins
ceux de l'Antiquité) et les théories qu'ils exposent comme faisant
partie de ces
exercices
: même présentée par écrit, la pensée a toujours un ou plusieurs
destinataires
particuliers,
elle « vise à former plutôt qu'à informer ». Les dialogues de
Platon et les
ouvrages
d'Aristote relèvent tous de cette intention ; pareillement, les
Pensées
de
Marc-
Aurèle
sont des exhortations qu'il s'adresse à lui-même. Autrement dit, il
n'y a pas d'un
côté
la théorie et de l'autre la pratique, mais la théorie elle-même
est pratique « aussi
bien
dans son mode d'exposition que dans sa finalité ».
Il
est même arrivé qu'ont été appelées philosophes des personnes
qui ne développaient
aucune
théorie : c’est le cas des Cyniques qui, pratiquant un genre de
vie particulier,
illustre
cette extrémité. Quoiqu'il en soit, à partir de l'intuition
formalisée par Plutarque
selon
laquelle « c'est la pratique de la vie quotidienne de Socrate qui
est sa vraie
philosophie
», toutes les écoles philosophiques de l'Antiquité proposaient
leur style de
vie
propre, basé sur des exercices spirituels spécifiques.
2
– Les quatre apprentissages fondamentaux
Apprendre
à vivre
4
L’objectif
est d’atteindre un état de vie authentique, dans lequel l’homme
atteint la
conscience
de soi, la vision exacte du monde, la paix et la liberté
intérieures.
La
principale cause de souffrance, de désordre, d’inconscience, pour
l’homme, ce sont les
passions
: désirs désordonnés, craintes exagérées. La domination du souci
l’empêche de
vivre
vraiment. La philosophie apparaît alors comme une thérapeutique des
passions.
Chaque
école a sa méthode thérapeutique, mais toutes lient cette
thérapeutique à une
transformation
profonde de la manière de voir et d’être de l’individu.
L’une
des listes d’exercices fournie par Philon d’Alexandrie énumère
des exercices qui
composent
3 groupes : les exercices mentaux (l’attention, les méditations,
les souvenirs
de
ce qui est bien), les exercices plus intellectuels (la lecture,
l’écoute, la recherche,
l’examen
approfondi), enfin les exercices plus actifs que sont la maîtrise de
soi,
l’indifférence
aux choses qui ne dépendent pas de soi, l’accomplissement des
devoirs.
L’objectif
est de sculpter sa propre statue, comme l’écrit Plotin. La statue
préexiste dans
le
bloc de marbre et il suffit d’enlever le superflu pour la faire
apparaître.
L’attention
: vigilance et présence d’esprit permanentes, une conscience de
soi toujours
éveillée.
L’attention au moment présent délivre de la passion qui est
toujours provoquée
par
le passé ou l’avenir qui ne dépendent pas de nous. Elle facilite
la vigilance en la
concentrant
sur le minuscule moment présent, toujours maîtrisable, toujours
supportable
dans
son exiguïté. Elle ouvre aussi notre conscience à la conscience
cosmique en nous
rendant
attentifs à la valeur infinie de chaque instant.
L’attention
permet de répondre immédiatement aux événements comme à des
questions
qui
nous seraient brusquement posées. Pour cela, il faut que les
principes fondamentaux
soient
toujours sous la main (comme une règle de grammaire ou de
mathématique que
l’on
s’est appropriée). L’imagination et l’affectivité doivent
être associés à l’exercice de la
pensée.
La
méditation : elle prend des aspects différents selon les Ecoles.
Chez
les Stoïciens : Consiste notamment à se représenter à l’avance
les difficultés de la
vie
; on fixe dans sa mémoire les maximes frappantes qui, le moment
venu, nous
aideront
à accepter ces événements. Ces maximes peuvent arrêter un
mouvement de
crainte,
de colère ou de tristesse.
Examiner
à l’avance le cours de sa journée, en faire l’examen en fin de
journée.
Examiner
aussi ses rêves.
Chez
les Epicuriens : pour guérir l’âme, il faut l’exercer à se
détendre. Au lieu de se
représenter
les maux à l’avance, pour se préparer à les subir, il faut
détacher notre
pensée
de la vision des choses douloureuses et fixer nos regards sur les
plaisirs. Choix
délibéré,
toujours renouvelé, de la détente et de la sérénité, et une
gratitude profonde
envers
la nature et la vie. Plaisir intellectuel de la contemplation de la
nature, pensée du
plaisir
passé et présent, plaisir enfin de l’amitié.
5
L’exercice
de la méditation s’efforce de maîtriser le discours intérieur,
pour le rendre
cohérent,
pour l’ordonner à partir du principe simple et universel de la
distinction entre
ce
qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Celui qui veut
progresser s’efforce de
conduire
par ordre ses pensées et de parvenir ainsi à une transformation de
sa vision du
monde,
de son climat intérieur, mais aussi de son comportement extérieur.
Ces
méthodes
révèlent une grande connaissance du pouvoir thérapeutique de la
parole.
La
lecture : elle consiste en l’explication de textes philosophiques,
en lectures d’oeuvres
poétiques
ou philosophiques.
La
recherche et l’examen approfondi sont alors la mise en oeuvre de
cet enseignement.
Les
exercices plus actifs : sont tous basés sur le fait de commencer à
s’exercer dans les
choses
plus faciles pour acquérir peu à peu une habitude stable et solide.
Apprendre
à dialoguer
Dans
le dialogue socratique, la vraie question qui est en jeu n’est pas
ce dont on parle,
mais
celui qui parle. L’interlocuteur n’apprend rien et Socrate n’a
pas la prétention de lui
enseigner
quelque chose. La mission de Socrate consiste à inviter ses
concitoyens à
examiner
leur conscience, à se soucier de leurs progrès intérieurs plus que
de leurs
richesses
extérieures. Persuader les gens de se préoccuper moins de ce qu’ils
ont que de
ce
qu’ils sont, pour devenir aussi excellents et raisonnables que
possible.
Le
dialogue socratique apparaît donc ainsi comme un exercice spirituel
pratiqué en
commun
qui invite à l’exercice spirituel intérieur, c’est-à-dire à
l’examen de conscience, à
l’attention
à soi, en bref, au fameux « Connais-toi toi-même ». Si le sens
originel de cette
formule
est difficile à discerner, il n’en reste pas moins qu’elle
invite à un rapport de soi à
soi
qui constitue le fondement de tout exercice spirituel. Se connaître
soi-même, c’est ou
bien
se connaître comme non sage, comme en marche vers la sagesse, ou
bien se
connaître
en son être essentiel, c’est-à-dire séparer ce qui n’est pas
nous de ce qui est
nous-mêmes,
ou bien se connaître en son véritable état moral, c’est-à-dire
examiner sa
conscience.
Apprendre
à mourir
On
connaît bien la formule selon laquelle philosopher, c’est
apprendre à mourir
(Sénèque,
Montaigne).
L’exercice
de la mort consiste à changer de perspective, à passer d’une
vision des choses
dominée
par les passions individuelles à une représentation du monde
gouvernée par
l’universalité
et l’objectivité de la pensée. Cet exercice est lié à la
contemplation de la
totalité,
à l’élévation de la pensée pour atteindre l’universalité de
la pensée pure.
L'idée
que la philosophie est un exercice spirituel est apparue à Hadot
lors d'une réflexion
sur
«les jeux de langage » deWittgenstein et l'idée de la philosophie
comme mode de vie
lui
apparut à la faveur de l'expression « forme de vie » chez
Wittgenstein. La pensée de
la
mort, sous la forme d'exercice spirituel, signe sa présence dans
toutes les philosophies
dès
lors qu'elles sont des manières de vivre. L'adage selon lequel «
philosopher est
6
apprendre
à mourir » se retrouve, en des sens différents, aussi bien chez
Sénèque que
chez
Montaigne. Cette méditation de la mort, en contraignant à une
réorientation de
l'attention
vers le présent aide à mieux vivre. « Le présent est notre seul
bonheur »
affirme
Hadot. Indicible, ce bonheur est à tout à la fois l'objet de la
mystique et le terme
dernier
de toute philosophie entendue étymologiquement comme amour de la
sagesse.
Apprendre
à lire
Les
exemples qui précèdent laissent entrevoir le changement de
perspective qu’apporte
le
fait de considérer les oeuvres philosophiques de l’antiquité à
la lumière de la pratique
d’exercices
spirituels. La philosophie apparaît alors dans son aspect originel,
non plus
comme
une construction théorique, mais comme une méthode de formation à
une
nouvelle
manière de vivre et de voir le monde, comme un effort de
transformation de
soi.
Les
historiens contemporains de la philosophie n’ont guère tendance,
en général, à
prêter
attention à cet aspect, pourtant essentiel. C’est précisément
parce qu’ils
considèrent
la philosophie, conformément à une conception héritée du Moyen
Age et des
temps
modernes, comme une démarche purement théorique et abstraite.
Rappelons
brièvement
comment cette représentation a pris naissance. Il semble bien
qu’elle soit le
résultat
de l’absorption de la philosophia
par
le christianisme. Dès les premiers siècles, le
christianisme
s’est présenté lui-même comme une philosophia,
dans la mesure même où
il
s’assimilait la pratique traditionnelle des exercices spirituels.
C’est ce qui se passe
notamment
chez Clément d’Alexandrie, chez Origène, chez Augustin, dans le
monachisme.
Mais,
avec la scolastique du Moyen Age, theologia
et
philosophia
se
sont clairement
distinguées.
La théologie a pris conscience de son autonomie comme science
suprême et
la
philosophie, vidée des exercices spirituels qui faisaient partie
désormais de la mystique
et
de la morale chrétiennes, a été réduite au rang de servante de la
théologie fournissant
un
matériel conceptuel, donc purement théorique, à la théologie.
Lorsqu’à l’époque
moderne,
la philosophie a reconquis son autonomie, elle n’en a pas moins
gardé bien des
traits
hérités de la conception médiévale et notamment son caractère
purement
théorique,
qui a même évolué dans le sens d’une systématisation de plus en
plus
poussée.
C’est
seulement avec Nietzsche, Bergson et l’existentialisme que la
philosophie redevient
consciemment
une manière de vivre et de voir le monde, une attitude concrète.
Mais les
historiens
contemporains de la pensée antique, pour leur part, sont en général
restés
prisonniers
de l’ancienne conception, purement théorique, de la philosophie et
les
tendances
structuralistes actuelles ne les disposent pas à corriger cette
représentation :
l’exercice
spirituel introduit une aspect événementiel et subjectif qui cadre
mal avec leurs
modèles
d’explication.
La
fin recherchée dans ces exercices par toutes les écoles
philosophiques, c’est
l’amélioration,
la réalisation de soi. Toutes les écoles s’accordent pour
admettre que
l’homme,
avant la conversion philosophique, se trouve dans un état
d’inquiétude
malheureuse,
qu’il est victime du souci, déchiré par les passions, qu’il ne
vit pas
7
vraiment,
qu’il n’est pas lui-même. Toutes les écoles s’accordent aussi
pour croire que
l’homme
peut être délivré de cet état, qu’il peut accéder à la vraie
vie, s’améliorer, se
transformer,
viser à un état de perfection. Les exercices spirituels sont
précisément
destinés
à cette formation de soi, à cette paideia,
qui nous apprendra à vivre, non pas
conformément
aux préjugés humains et aux conventions sociales, mais conformément
à
la
nature de l’homme. Toutes les écoles, chacune à sa manière,
croient donc à la liberté
de
la volonté, grâce à laquelle l’homme a la possibilité de se
modifier lui-même, de
s’améliorer,
de se réaliser. Le parallélisme entre exercice physique et exercice
spirituel
est
ici sous-jacent : de même que, par des exercices corporels répétés,
l’athlète donne à
son
corps une forme et une force nouvelles, de même, par les exercices
spirituels, le
philosophe
développe sa force d’âme, modifie son climat intérieur,
transforme sa vision
du
monde et finalement tout son être.
L’ensemble
de l’oeuvre de Pierre Hadot inspire un respect unanime à tous ceux
qui se
penchent
sur l’histoire de la philosophie grecque. Il démontre une rigueur
philologique
insurpassable
et une profondeur dans l’interprétation de la tradition
néoplatonicienne
sans
équivalent. Sérieux et léger, Pierre Hadot marche sur les pas de
Socrate.
Brigitte
Boudon
Quelques
éléments bibliographiques
Etudes
sur le néo-platonisme :
Plotin
ou la simplicité du regard
Porphyre
et Victorinus
Marius
Victorinus. Recherches sur sa vie et ses oeuvres
Plotin,
Porphyre, Etudes néoplatoniciennes,
Les Belles Lettres
Etudes
de philosophie ancienne, Les
Belles Lettres
La
Citadelle intérieure, Introduction aux Pensées de Marc Aurèle,
Fayard
Exercices
spirituels et philosophie antique,
Albin Michel
Eloge
de Socrate,
Ed. Allia
Eloge
de la philosophie antique,
Ed. Allia
Qu’est-ce
que la philosophie antique ? ,
Gallimard
La
philosophie comme manière de vivre,
entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold I.
Davidson,
Albin Michel
Le
Voile d’Isis,
Gallimard
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